Bienvenue dans cette édition #07 de la newsletter du Cercle IA. Vous êtes désormais 1 018 à la suivre.
« J’avais peur de rater le train de l’IA. Mais en voyant ce qu’elle fait, je me demande : que va-t-il nous rester à faire ? »
Cette confidence entendue cette semaine lors d’un coaching IA avec un dirigeant de PME, résume une angoisse largement partagée. Celle de devenir progressivement inutile face à des machines capables de chercher, rédiger, analyser et synthétiser en quelques secondes.
Cette peur n’est pas nouvelle.
En 1839, lorsque Louis Daguerre rend la photographie accessible au public, de nombreux peintres y voient la fin de leur métier. Si une machine peut capturer la réalité mieux et plus vite qu’un humain, à quoi bon peindre encore ?
Ils se trompaient.
La peinture n’est pas morte. Elle s’est transformée. Libérée de l’obligation de copier le réel, elle a donné naissance à l’impressionnisme, puis à une explosion de mouvements artistiques qui ont profondément redéfini l’art moderne.
Nous vivons aujourd’hui un moment comparable.
L’IA générative automatise une partie croissante du travail intellectuel reproductible. Elle remet en question le rôle des juniors, fragilise les middle managers et force chacun à reconsidérer sa valeur réelle.
Mais comme la photographie hier, elle ne supprime pas le travail intellectuel humain. Elle en déplace la frontière.
J’explore cette analogie historique pour répondre à une question centrale :
quelle est notre “frontière impressionniste” face à l’IA ?
Dans cette édition :
- 1839 : quand la machine a menacé l’artiste (comment les peintres ont réagi face à la photographie
- La réponse impressionniste : explorer ce que la machine ne pouvait pas capturer
- 2026 : Votre « frontière impressionniste » : identifier ce que l’IA ne peut pas automatiser dans votre métier
- L’outil à tester : JobsGPT, pour un outil pour cartographier vos compétences face à l’IA et obtenir un diagnostic personnalisé basé sur le rapport « Future of Jobs 2025 » du Forum Économique Mondial, qui analyse l’impact de l’IA générative sur les métiers et compétences à l’horizon 2030.
La photographie n’a pas tué la peinture. Elle l’a sublimée.
En 1839, Louis Daguerre révèle au monde le daguerréotype, le premier procédé photographique pratique et commercialisé, développé conjointement par Nicéphore Niépce.

La réaction attribuée au peintre français Paul Delaroche est immédiate et célèbre : « À partir d’aujourd’hui, la peinture est morte. »
Il avait tort.
Mais son anxiété était légitime.
La photographie pouvait reproduire avec une fidélité mécanique ce que les peintres mettaient des semaines à créer.
Les portraitistes perdaient des commissions au profit des studios photographiques.
Les peintres de paysages voyaient leur monopole sur la représentation du réel s’effondrer.
Face à cette menace existentielle, les artistes avaient trois options :
- Nier la réalité et continuer comme si de rien n’était
- Abandonner leur métier, devenu obsolète
- Se réinventer en explorant ce que la photographie ne pouvait pas faire
C’est la troisième voie qu’ont choisie Monet, Renoir, Degas et leurs pairs.
Ce que la photographie ne pouvait pas capturer
Les impressionnistes ont compris quelque chose de fondamental : si la machine excelle à reproduire le réel, alors la valeur de l’artiste se trouve ailleurs.
Les peintres ont alors exploré :
- La lumière et son mouvement : les reflets changeants sur l’eau, les variations d’une cathédrale selon l’heure du jour
- L’émotion subjective : non pas ce que l’œil voit, mais ce que le cœur ressent
- L’instant fugitif : capturer l’impression d’un moment, pas sa reproduction exacte
- La matérialité du geste : le coup de pinceau visible, l’épaisseur de la peinture, la trace physique de l’artiste
Le résultat ? Au lieu de disparaître, la peinture a explosé en créativité.
L’impressionnisme naît en France dans les années 1860, en réaction à l’art académique, pour capturer les effets fugaces de la lumière et ses effets.
Formé autour de Manet, le groupe impressionnistes (rassemblant Monet, Renoir, Degas, Pissarro, Morisot, Cézanne, Sisley) organise sa première exposition indépendante en 1874 après plusieurs refus au Salon officiel.
Le terme « impressionnisme » naît d’une critique moqueuse du tableau Impression, Soleil levant de Monet.

Les artistes subissent d’abord des critiques violentes de la presse et du public, mais ils sont soutenus par des collectionneurs qui permettent la tenue de leurs premières expositions.
L’impressionnisme a ouvert la voie au post-impressionnisme, au fauvisme, au cubisme, à l’expressionnisme abstrait.
L’impressionnisme n’était que le début d’une explosion créative. Une fois libérés de l’obligation de « copier le réel », les artistes ont investi des territoires que la lentille du photographe ne pouvait pas atteindre :
- L’émotion pure avec le Fauvisme (de 1904 à 1908 environ) : on ne peint plus l’arbre en vert, mais en rouge si c’est l’émotion qu’il procure (mouvement porté notamment par André Derain, Henri Matisse et Maurice de Vlaminck).
- L’introspection avec l’Expressionnisme (1905-1925) : on déforme la réalité pour projeter ses peurs ou ses visions intérieures (peur, solitude, révolte). Contrairement au fauvisme décoratif, il est souvent sombre et introspectif, touchant aussi littérature, théâtre et cinéma.
- La complexité intellectuelle avec le Cubisme : Picasso et Braque déconstruisent les objets pour les montrer sous plusieurs angles simultanément. Une prouesse que l’optique de l’époque était incapable de réaliser.
Leçon pour nous : La photographie n’a pas tué la peinture, elle l’a forcée à devenir plus humaine, plus abstraite, plus stratégique. Elle l’a libérée du poids du réalisme.
Mais cette transformation n’a été ni instantanée ni indolore.
Le prix de la transition
La première exposition impressionniste en 1874 (soit 35 ans après l’invention du daguerréotype) a été un échec public retentissant. Les critiques se sont moqués de ces œuvres « inachevées » et « bâclées ». Le public n’a pas compris.
Monet a vécu dans la pauvreté pendant des années. Cézanne a été rejeté par le Salon officiel à répétition. Plusieurs artistes n’ont jamais connu la reconnaissance de leur vivant.
La période de transition entre l’ancien paradigme et le nouveau a pris entre 40 et 50 ans. Deux générations d’artistes ont dû naviguer entre un monde qui n’existait plus et un monde qui n’était pas encore pleinement reconnu.
Quelle est notre « frontière impressionniste » ?
La même question se pose aujourd’hui pour les travailleurs intellectuels face à l’IA.
Une étude de Microsoft Research publiée en janvier 2025 portant sur 319 professionnels révèle que 75 % des travailleurs du savoir utilisent déjà l’IA générative. Le mouvement est en marche (source : Baromètre Work Trend Index 2025).
Mais comme les peintres face à la photographie, nous faisons face à une question existentielle : si l’IA générative peut faire toujours plus et plus vite, que reste-t-il de la valeur humaine dans le travail intellectuel ?
Ce que l’IA reproduit facilement (l’équivalent du daguerréotype)
Soyons honnêtes. L’IA excelle déjà à :
- synthétiser l’information : compiler des données, résumer des documents
- produire du contenu standardisé : rapports, emails, présentations selon des formats connus
- appliquer des cadres établis : analyses SWOT, matrices décisionnelles, frameworks classiques
- automatiser les tâches répétitives : transcription, traduction, mise en forme
Ce qui reste (ou devient) humain (notre impressionnisme)
Mais regardons ce que l’IA peine encore à faire :
- le jugement contextuel : comprendre les non-dits d’une situation, l’intention juridique, commerciale ou stratégique, saisir les enjeux politiques d’une organisation, sentir quand le moment est venu d’agir ou de temporiser. L’IA peut analyser des données. Elle ne peut pas lire une salle lors d’un COMEX tendu.
- la vision stratégique : identifier des opportunités que personne d’autre ne voit. Connecter des signaux faibles pour anticiper des tendances. Parier sur un avenir incertain alors que les données du passé suggèrent autre chose.
- l’intuition relationnelle : comprendre ce qui motive vraiment un client au-delà de ce qu’il dit. Naviguer dans les dynamiques d’équipe. Inspirer confiance dans un moment de crise. L’empathie authentique ne se code pas.
- la créativité combinatoire : prendre deux idées qui n’ont rien à voir et créer quelque chose de radicalement nouveau. Transposer une solution d’un domaine à un autre. L’IA optimise ce qui existe mais n’invente pas de nouveaux paradigmes.
Comme les impressionnistes ont exploré la lumière, l’émotion et le geste (ce que la photographie ne pouvait pas capturer ou difficilement), nous devons cultiver et renforcer ce que l’IA ne peut pas (encore) reproduire : le jugement, la vision, l’intuition et la créativité authentique,
Pourquoi les techno-pessimistes ont tort (encore une fois)
« L’IA va nous remplacer. »
« Le travail intellectuel va disparaître. »
« Dans 10 ans, la plupart d’entre nous serons obsolètes. »
Ces discours rappellent Paul Delaroche en 1839 : « La peinture est morte. »
Il avait tort. Et les catastrophistes d’aujourd’hui ont probablement tort aussi.
La vitesse du changement face à la constance des enjeux
Il y a une différence majeure entre 1839 et 2022 : la vitesse.
Les impressionnistes ont eu 40 à 50 ans pour se réinventer entre l’apparition de la photographie et la reconnaissance de leur mouvement. Nous n’avons que 3 ans de recul depuis ChatGPT.
Cette compression temporelle crée un inconfort légitime. Nous vivons en accéléré ce que les peintres ont vécu sur plusieurs décennies : la remise en question identitaire, la redéfinition de notre valeur, l’apprentissage de nouveaux modes de création.
Mais la dynamique fondamentale reste la même : les technologies qui automatisent la reproduction mécanique libèrent les humains pour explorer ce qu’ils font de mieux.
L’histoire nous apprend la patience
Les critiques de l’impressionnisme ont eu tort. Mais ils n’étaient pas stupides.
En 1874, avec seulement quelques toiles à leur disposition, ils ne pouvaient pas voir où ce mouvement allait mener.
Nous sommes exactement dans la même situation avec l’IA en 2026.
Nous manquons de recul. Trois ans, c’est trop court pour juger l’impact réel d’une technologie transformatrice. Les vrais changements (dans les métiers, les compétences, les structures organisationnelles etc.) prennent du temps à se matérialiser.
Les pessimistes imaginent un futur où l’IA remplace les humains. L’histoire laisse envisager un autre scénario : l’IA va bouleverser nos métiers, sans prendre notre place. Elle nous obligera à nous réinventer. Comme les peintres se sont réinventés.
L’étude de la semaine : « Art and the science of generative AI » (MIT, Science, 2023)
Publiée dans la prestigieuse revue Science en 2023, l’étude Art and the science of generative AI: A deeper dive du MIT Media Lab (dirigée par Ziv Epstein, Aaron Hertzmann et 12 autres chercheurs) explore le parallèle que nous venons de développer

Les chercheurs analysent comment l’IA générative transforme la création artistique en se basant sur… les leçons de la photographie et de l’impressionnisme.
Leur constat historique : « Au 19e siècle, certains artistes ont vu l’avènement de la photographie comme une menace pour la peinture. Au lieu de remplacer la peinture, la photographie l’a finalement libérée du réalisme, donnant naissance à l’impressionnisme et au mouvement de l’art moderne. »
Aaron Hertzmann, chercheur en art et technologie et co-auteur de l’étude, le formule ainsi : « Il semble probable, en fait, que la photographie ait été l’un des principaux catalyseurs du mouvement d’art moderne : son influence a conduit à des décennies de vitalité dans le monde de la peinture, car les artistes ont été à la fois inspirés par les images photographiques et poussés au-delà du réalisme. »
La photographie n’a pas tué la peinture. Elle a déclenché une explosion créative : l’impressionnisme, l’expressionnisme, le cubisme, le surréalisme. En fragmentant les formes et les perspectives, ces mouvements ont créé des visions impossibles à capturer en photographie.
Leur thèse centrale : L’IA générative n’est pas « l’annonce de la fin de l’art », mais plutôt un nouveau médium avec ses propres possibilités distinctes (exactement comme la photographie l’était en 1839).
Les quatre dimensions analysées
L’étude examine l’impact de l’IA générative sur quatre aspects :
- Esthétique et culture : comment l’IA change ce que nous considérons comme « beau » ou « artistique »
- Questions juridiques : propriété intellectuelle, crédit, droits d’auteur
- L’avenir du travail créatif : nouveaux rôles, nouvelles compétences
- L’écosystème médiatique : impact sur l’industrie créative dans son ensemble
L’ironie ultime
Et voici le twist savoureux : pendant que je vous explique que l’IA ne peut pas vraiment saisir l’essence de l’impressionnisme, des millions d’utilisateurs demandent à Midjourney de générer des images « dans le style de Monet ».
Le résultat ? L’IA peut imiter le style (les coups de pinceau, les couleurs pastel, les nymphéas) mais elle rate la substance. Exactement comme la photographie des débuts pouvait reproduire les formes mais pas la lumière subjective que les impressionnistes cherchaient à capturer.
L’histoire bégaie, mais le principe reste : l’humain crée, la machine reproduit.
Pourquoi cette étude est importante pour vous
Elle confirme scientifiquement ce que l’analogie historique suggère : chaque révolution technologique qui automatise la reproduction oblige les créateurs humains à explorer ce qui les rend irremplaçables.
Pour les peintres de 1839, c’était la lumière, l’émotion, le geste.
Pour vous en 2026, c’est le jugement, la vision, l’intuition, la créativité authentique.
L’outil à tester : JobsGPT par Cercle IA
Après avoir lu cette newsletter, vous vous posez probablement la question : « Concrètement, parmi mes compétences, quelles sont celles qui seront les plus impactées par l’IA ? »
Pour vous donner des réponses, j’ai créé JobsGPT, un custom GPT accessible gratuitement sur ChatGPT.

JobsGPT s’appuie sur le rapport « Future of Jobs 2025 » du Forum Économique Mondial, qui analyse l’impact de l’IA générative sur les métiers et compétences à l’horizon 2030.
Le processus :
- Vous décrivez votre métier et vos principales activités
- JobsGPT identifie vos compétences clés
- Il vous révèle les grandes tendances technologiques, économiques et sociétales qui vont impacter votre métier
- Vous recevez un diagnostic sur :
- compétences à développer : votre « frontière impressionniste » — ce que l’IA ne peut pas faire
- compétences automatisables : ce qu’il faut apprendre à déléguer à l’IA
- compétences renforcées : votre avantage compétitif amplifié par l’IA
Pourquoi c’est différent des autres outils
JobsGPT ne vous donne pas une réponse générique sur « votre secteur ». Il analyse votre situation spécifique : votre rôle, vos responsabilités, votre contexte organisationnel.
Comme les impressionnistes qui ont dû identifier ce qui les rendait uniques face à la photographie, JobsGPT vous aide à identifier votre valeur unique face à l’IA.
> Accéder à JobGPT (temps nécessaire : 10-15 minutes pour un diagnostic complet)
Exercice pratique : Identifiez votre « frontière impressionniste »
Les impressionnistes ne sont pas nés en résistant à la photographie. Ils sont nés en l’acceptant (et en explorant ce qu’elle ne pouvait pas faire).
Les peintres académiques qui ont résisté à la photographie ont disparu. Les impressionnistes qui ont accepté le changement et exploré de nouvelles frontières sont entrés dans l’histoire.
Nous sommes exactement au même moment de bascule.
Les impressionnistes ont exploré ce que la photographie ne pouvait pas capturer. Quelle est votre zone d’excellence que l’IA ne peut pas automatiser ?
Prenez 10 minutes pour répondre à ces 3 questions :
1. Quand avez-vous créé le plus de valeur dans les 6 derniers mois ?
Pensez à un moment où un client, un collègue ou votre patron vous a dit : « C’est exactement ce qu’il fallait » ou « Je n’aurais jamais pensé à ça ».
- ce n’était pas : un rapport standardisé, une synthèse de documents, une analyse SWOT classique
- C’était plutôt : une connexion entre deux domaines, une intuition qui a changé une décision
Notez le contexte : Qu’est-ce qui a rendu votre intervention unique à ce moment-là ?
2. Qu’est-ce que vous « sentez » que vos outils ne captent pas ?
Dans votre dernier projet important :
- qu’avez-vous compris en lisant entre les lignes d’un email ?
- qu’avez-vous détecté dans le non-dit d’une réunion ?
- quel risque avez-vous anticipé que les données ne montraient pas encore ?
L’IA analyse des mots. Vous lisez des situations. Où cette différence a-t-elle fait la différence ?
3. Si l’IA fait 80 % de votre travail actuel demain, que ferez-vous de votre temps libéré ?
Ne répondez pas « me former à l’IA » ou « vérifier le travail de l’IA ».
Allez plus loin :
- Quel problème complexe allez-vous traiter ?
- Quelle relation client/partenaire allez-vous approfondir ?
- Quelle idée aujourd’hui « impossible » explorerez-vous ?
Ces réponses, c’est votre frontière impressionniste. C’est là que vous devez investir votre énergie dès maintenant.
Avant de nous quitter
J’ai deux nouvelles à partager avec vous :
- Nouvelle formation IA pour médecins : la plupart des formations IA pour médecins sont très techniques ou se limitent à des démonstrations d’outils isolés. Je propose donc une formation pensée pour le quotidien du praticien (gestion des connaissances, organisation, décisions personnelles, communication et personal branding médical). 👉 Découvrir la formation
- Séminaire AWEX – L’IA au service des PME pour les marchés publics internationaux : Le 19 février 2026, j’interviendrai lors du séminaire AWEX sur les marchés publics internationaux. Mon sujet : “ L’IA au service des PME – comment combiner le meilleur de l’IA et de l’humain pour répondre efficacement aux appels d’offres, même sans équipe dédiée. 👉 S’inscrire au séminaire AWEX (inscription gratuite, places limitées)
À bientôt, et n’oubliez pas de mettre vos nouvelles connaissances en pratique.
Tarik Hennen
Formateur & Consultant IA – Cercle IA
Cette 7e édition vous a plu ? Trois actions simples :
✅ Abonnez-vous pour recevoir les prochaines analyses ;
✅ Partagez cette newsletter à un contact qui s’intéresse à l’évolution de l’éducation ;
✅ Laissez un commentaire ou posez une question.

