Bienvenue dans cette édition #09 de la newsletter du Cercle IA.
Relisez le dernier texte que vous avez rédigé avec l’aide de l’IA.
Un post LinkedIn. Un email client. Un mémo à votre équipe.
Et posez-vous cette question : reconnaissez-vous votre façon de formuler une idée ? Ou lisez-vous quelqu’un qui écrit à votre place ?
Si vous hésitez, cette édition est pour vous.
L’IA ne vous trahit pas qu’auprès de vos lecteurs. Elle vous trahit auprès de vous-même, parfois au point de ne plus savoir ce que vous auriez dit sans elle.
Dans cette édition :
Les signes de l’écriture IA : ce que les volontaires Wikipedia ont découvert en analysant des milliers de contributions générées par des modèles de langage depuis 2023.
5 indices qui trahissent un texte généré avec l’IA (et 40 façons de repérer l’IA): au-delà des mots courants de l’IA à éviter, les indices utilisés par les éditeurs de Wikipedia sur la base de milliers de contributions IA.
Vous ne trompez pas votre lecteur : vous vous trompez vous-même. Pourquoi déléguer la formulation à l’IA finit par coûter plus qu’on ne gagne.
La ressource de la semaine : cinq essais de Paul Graham (le pape de la tech) sur l’écriture, l’IA et ce qu’on risque de perdre en déléguant l’un à l’autre.
L’outil à tester : Wispr Flow, pour dicter d’abord et rédiger ensuite, parce qu’écrire comme on parle reste la meilleure façon de rester soi-même.
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Au-delà des mots qui trahissent l’IA : la pensée pré-formatée
Vous les connaissez déjà.
« Dans un monde où l’IA transforme nos métiers… ». Les tirets longs qui surgissent au milieu de chaque phrase. Les adjectifs empilés : crucial, pivot, incontournable. Les conclusions qui résument ce qu’on vient de lire. Les listes à trois points. Toujours trois.
Avec un peu de pratique de l’IA, on repère ces signes en deux secondes, on apprend à les supprimer, on se dit qu’on fait le travail.
Mais voilà le problème : on s’arrête là.
Et en s’arrêtant là, on confond le symptôme avec la maladie.
En août 2025, les éditeurs de Wikipedia ont publié un catalogue de plus de 40 façons de repérer l’IA tirés de l’analyse de milliers de contributions générées par des LLMs depuis 2023. Ils l’ont appelé Signs of AI Writing.
Cette ressource va bien au-delà de la liste des mots à éviter. Elle met à jour la façon typique des IA de penser le texte.
Simuler la nuance sans en avoir. Produire l’apparence du raisonnement sans en suivre le fil. Remplir l’espace avec de la forme pour masquer l’absence de fond.
Les mots caricaturaux de l’IA ne sont que la surface visible. En dessous, il y a des réflexes bien plus difficiles à détecter. Et bien plus difficiles à corriger.
C’est ce que nous allons regarder maintenant.
Les 5 empreintes digitales de l’IA dans votre écriture
Wikipedia a mis en évidence des réflexes de construction que les modèles IA reproduisent systématiquement, quelle que soit la langue, quelle que soit la version.
Voici cinq signes qui trahissent l’utilisation de l’IA. Isolé, chacun peut passer inaperçu. Ensemble, ils se démarquent comme une signature.
1. Les parallélismes négatifs ou la fausse nuance
L’IA adore les oppositions. « Ce n’est pas une question de technologie, c’est une question de culture. » « Ce n’est pas un outil, c’est un changement de paradigme. »

La structure est séduisante. Elle donne l’impression d’une pensée qui tranche, qui va au fond des choses. Sauf qu’elle ne dit souvent rien. Elle habille une banalité en profondeur.
Wikipedia l’a cataloguée comme l’un des signes les plus fréquents et les plus difficiles à déceler, précisément parce qu’elle imite le raisonnement sans en être un.
Ce qu’on fait à la place : on affirme directement. « La culture bloque l’adoption, pas l’outil. » Pas de mise en scène. Juste la thèse.
2. La liste au lieu de la pensée
Quand l’IA ne sait pas comment enchaîner des idées, elle les empile. Trois points. Un terme en gras. Sa définition répétée dans la phrase suivante.

Le résultat ressemble à une présentation PowerPoint transformée en texte. Chaque idée est isolée, correctement étiquetée, et complètement déconnectée de la suivante.
Le problème n’est pas la liste en tant que telle. C’est qu’elle remplace le raisonnement au lieu de le soutenir. Un texte qui pense utilise des listes pour récapituler. Un texte qui ne pense pas en utilise pour exister.
Un signe proche, moins visible mais tout aussi révélateur : la règle des trois. L’IA empile trois éléments de façon compulsive. Trois adjectifs. Trois exemples. Trois bénéfices. « Une approche créative, structurée et orientée résultats. » Jamais deux. Jamais quatre. Toujours trois.
Si vous relisez vos textes générés et que chaque liste a exactement trois points, ce n’est pas de la rigueur. C’est un réflexe de modèle.
Ce qu’on fait à la place : écrivez la transition. Expliquez pourquoi une idée appelle la suivante. C’est ça, la pensée visible.
3. Le mot valise
Crucial. Pivot. Paysage. Levier. Incontournable. Ces mots occupent de l’espace sans rien porter. Ils signalent l’importance sans la démontrer.
Les éditeurs de Wikipedia notent que les LLM y recourent de façon compulsive, particulièrement quand ils écrivent sur des sujets qu’ils ne peuvent pas illustrer concrètement. Le mot valise est un cache-misère : il comble le vide là où un exemple précis aurait dû se trouver.

Ce qu’on fait à la place : on remplace le qualificatif par la preuve. Pas « un enjeu crucial », mais « si vous ne le faites pas avant juin, vous perdez le marché ».
4. L’absence d’expérience
C’est le signe le plus difficile à corriger, parce qu’il ne se voit pas. Il se ressent.
L’IA généralise parce qu’elle n’a rien vécu. Elle ne peut pas écrire : « ce client m’a regardé d’un air gêné quand j’ai prononcé le mot prompt. » Elle ne peut pas écrire : « j’ai compris cette limite un mardi matin en plein milieu d’une formation, et je n’avais pas de bonne réponse. »
Ces détails sont la preuve que quelqu’un a réellement pensé ce qu’il écrit. Sans eux, le texte peut être exact, utile, bien construit. Mais il ne ressemble à personne.
Ce qu’on fait à la place : on ajoute une observation personnelle par section importante. Une seule suffit. Elle ancre tout le reste.
5. La construction grammaticale creuse
C’est le signe le plus technique de la liste. Et le moins connu.
L’IA évite le verbe être. Pas par élégance. Par réflexe. Elle remplace systématiquement « c’est une bonne méthode » par « cette approche représente un levier de transformation ». Elle remplace « il a dirigé l’équipe » par « il a agi en tant que coordinateur principal ».
Le résultat sonne plus sérieux. Mais il « dit » moins.
Wikipédia l’a catalogué sous deux formes distinctes. D’abord l’évitement de la copule : « représente », « constitue », « agit comme », « s’inscrit dans ».
Ensuite les gérondifs de clôture : ces fins de phrase qui ajoutent du mouvement sans ajouter de sens. « Soulignant la portée de l’initiative. » « Mettant en lumière l’importance du sujet. » « Créant ainsi une dynamique positive. » Supprimez-les. La phrase qui précède se tient seule.
Ces deux réflexes partagent la même origine : l’IA cherche à habiller une idée simple en complexité apparente. Elle y réussit souvent. C’est exactement le problème.
Ce qu’on fait à la place : on utilise le verbe être quand c’est juste. « C’est une méthode efficace. » « Il a dirigé l’équipe. »
Vous ne trompez pas votre lecteur. Vous vous trompez vous-même.
La plupart des conversations sur l’écriture IA tournent autour de la même crainte : être découvert. Qu’un lecteur sente que ce n’est pas vous. Que quelqu’un passe votre texte dans un détecteur.
C’est la mauvaise question.
D’abord parce que les outils de détection sont peu fiables. Ensuite parce que vos lecteurs, dans leur grande majorité, ne cherchent pas à vous piéger. Ils cherchent à lire quelque chose d’utile, de clair, qui leur ressemble ou qui les aide.
Le vrai problème est ailleurs.
À force de déléguer la formulation à l’IA, on perd quelque chose d’important : le réflexe de chercher ses propres mots. De s’arrêter sur une idée jusqu’à trouver la bonne façon de la dire. De produire une phrase qui ne pouvait venir que de vous, parce qu’elle porte votre expérience ou votre façon de voir.
Ce réflexe s’émousse. Sans qu’on s’en rende compte.
Et un jour, on se retrouve incapable d’écrire deux paragraphes sans ouvrir une fenêtre de chat.
L’IA peut être un outil utile pour travailler un texte. Mais elle ne peut pas penser à votre place.
Elle peut seulement imiter la pensée avec ce que vous lui donnez. Si vous lui donnez peu, elle comble avec ses propres réflexes. Et ses réflexes, vous les connaissez maintenant.
La bonne question n’est donc pas : « est-ce que ça se voit ? », mais : « est-ce que c’est encore moi ? »
La ressource de la semaine : Paul Graham et l’écriture à l’ère de l’IA
Paul Graham est l’un des essayistes les plus lus dans le monde de la tech. Fondateur de Y Combinator, il publie depuis 2001 des textes courts sur la pensée, le travail et l’écriture. Pas de newsletter hebdomadaire. Pas de calendrier éditorial. Il publie quand il a quelque chose à dire.
Ce que peu de gens réalisent : il écrit sur l’écriture depuis vingt ans. Et ce qu’il disait avant ChatGPT reste plus pertinent que jamais.
Cinq essais méritent votre attention, dans l’ordre où ils éclairent le sujet de cette édition :
Writes and Write-Nots (octobre 2024). L’essai le plus direct sur l’IA et l’écriture. Graham y soutient que l’IA va diviser la société en deux : ceux qui continuent à écrire par eux-mêmes, et ceux qui délèguent. Sauf que déléguer l’écriture, c’est déléguer la pensée. Puisque les deux sont indissociables, un « non-écrivain » est quelqu’un qui a cessé de penser par lui-même. Sa conclusion : écrire deviendra un choix actif, comme faire du sport. Une discipline choisie, pas une obligation.
Putting Ideas into Words (février 2022). Écrire ne sert pas à transmettre des idées déjà formées. Ça les forme. Selon Graham, environ la moitié des idées finales d’un texte naissent pendant l’écriture elle-même. Ce que vous croyez penser avant d’écrire n’est souvent qu’une ébauche floue. La rédaction est le test. Si vous déléguez ce test à l’IA, vous ne saurez jamais ce que vous auriez vraiment pensé.
Good Writing (mai 2025). Son essai le plus récent sur le sujet. Graham y défend que le style et le fond sont liés : améliorer le rythme d’un texte oblige à corriger la pensée. Travailler la forme, c’est travailler l’idée. Un texte fluide se relit plus facilement, ce qui permet de détecter les failles logiques. Cette connexion ne tient que si c’est vous qui écrivez. Elle disparaît quand vous acceptez la structure d’un modèle.
The Age of the Essay (septembre 2004). Un essai vieux de vingt ans, toujours aussi juste. Un vrai texte n’est pas une thèse à défendre. C’est une tentative, au sens étymologique du mot. On part d’une question ouverte, on suit le fil le plus intéressant, on accepte de changer de direction. L’IA ne fait pas ça. Elle part d’une structure et la remplit. C’est l’inverse.
Writing, Briefly (mars 2005). Le plus pratique. Graham y rappelle que 80 % des idées arrivent après avoir commencé à écrire. Rédigez une première version médiocre, vite. Récrivez sans cesse. Lisez à voix haute pour repérer ce qui sonne faux. Coupez tout ce qui est superflu. Ce processus-là, l’IA peut vous aider à l’accélérer. Mais elle ne peut pas le remplacer.
Les cinq essais sont courts, disponibles gratuitement sur paulgraham.com. Commencez par Writes and Write-Nots. Continuez si vous en avez envie.
L’outil à tester : Wispr Flow

Il y a une chose que l’IA ne sait pas vraiment faire à votre place : parler comme vous.
Je ne fais pas référence au « style » au sens littéraire. Je parle de votre voix réelle. Celle qu’on entend quand vous expliquez un dossier à un collaborateur, quand vous résumez une réunion en marchant vers le rendez-vous suivant, ou quand vous répondez à une question sans avoir le temps de lisser votre pensée.
À l’oral, vous ne dites pas « dans un paysage en pleine mutation ». Vous dites ce que vous pensez, avec vos mots, votre cadence, vos raccourcis, vos nuances. C’est souvent là que se trouve le plus intéressant.
Cette matière, l’IA ne peut pas la deviner. En revanche, vous pouvez la lui donner.
C’est une méthode que je trouve de plus en plus utile : dicter d’abord, rédiger ensuite. Avant d’ouvrir un outil d’IA, prenez deux minutes pour dire ce que vous voulez vraiment exprimer.
Dictez comme vous parleriez à quelqu’un. Ensuite seulement, donnez cette transcription à l’IA avec une consigne simple : « reformule sans changer le fond, sans ajouter d’emphase, en gardant un ton direct. »
La différence est immédiate. Pas parce que l’IA devient soudainement plus juste. Parce qu’elle travaille enfin à partir d’une matière vivante. La vôtre.
Pour dicter, deux options selon votre usage. La plus simple : la fonction vocale intégrée à ChatGPT ou Claude. Vous parlez directement dans l’interface, la transcription est automatique. C’est suffisant pour un usage ponctuel.
Si vous dictez régulièrement et dans des contextes variés, un outil dédié pour la transcription vocale vous permet d’aller plus loin.
Wispr Flow est un outil de transcription vocale avancé qui transforme votre parole en texte fluide, 4x plus vite que la frappe traditionnelle (jusqu’à 220 mots/minute).
Disponible gratuitement sur iOS, Android et Mac, il corrige les « euh », met en forme intelligemment et s’intègre partout : Gmail, Notion, Slack ou VS Code (en français et plus de 100 langues, avec une précision bluffante même en bruit ambiant).
C’est l’un des outils les plus convaincants que j’ai testés pour dicter en français, y compris quand on parle vite ou dans un environnement imparfait.
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Pour conclure
Wikipedia voulait détecter des imposteurs. Ils ont fini par cartographier quelque chose de plus intéressant : la façon dont une technologie pense à votre place quand vous ne lui résistez pas.
Utiliser l’IA pour écrire ne pose pas de problème en soi. Le problème commence quand on lui délègue non seulement la mise en forme, mais aussi le raisonnement. Quand on accepte sa structure sans la questionner. Quand on garde ses formulations parce qu’elles sont correctes, même si elles ne sont pas les nôtres.
La voix ne se récupère pas en supprimant des mots. Elle se récupère en reprenant l’habitude de penser avant d’écrire.
Dictez. Reformulez. Ajoutez ce que vous seul pouvez ajouter. Et relisez avec une seule question en tête.
Est-ce que c’est encore moi ?
Avant de nous quitter…
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