Newsletter Édition #2

IA : Est-ce que je dois vraiment m'y mettre

Quel avenir pour un avocat avec 40 ans d'expérience face à l'IA ? La sagesse d'Hillel l'Ancien appliquée à l'IA professionnelle. + Étude MIT/Wharton/Harvard sur le piège du coaching inversé.

Tarik Hennen

Tarik Hennen

Publié le 5 août 2025

IA : Est-ce que je dois vraiment m'y mettre

Bienvenue dans cette édition #02 de la newsletter du Cercle IA. Merci aux 631 premiers abonnés qui me font confiance.

Cette semaine, un avocat avec 40 ans d’expérience m’a posé cette question : « Faut-il (vraiment) que je me mette à l’IA ? »

Le mot « vraiment » est révélateur. Il traduit à la fois la lassitude face aux injonctions permanentes à l’innovation et un scepticisme légitime : au-delà du battage médiatique, quel gain réel peut-on tirer de l’IA avec une carrière déjà établie ?

Je n’ai pas pu me contenter d’un simple « oui ». J’ai d’abord répondu par une question : « Combien de temps veux-tu encore rester actif ? ». Nous nous reverrons à la fin de l’été pour en discuter.

Mais cette question ne m’a pas quitté. Et la réponse que je vais partager avec vous s’inspire d’une maxime d’Hillel l’Ancien, grand sage du judaïsme du 1er siècle avant notre ère :

« Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? Si je ne suis que pour moi, que suis-je ? Et si ce n’est pas maintenant, quand ? »

Dans cette édition :

  • Se mettre à l’IA : trois questions appliquées à l’IA professionnelle
  • Le piège à éviter : une étude exclusive MIT/Wharton/Harvard qui révèle pourquoi laisser les juniors former les seniors à l’IA peut mener à l’échec
  • L’outil IA à tester : un outil indispensable pour éviter les « fausses informations » de l’IA

Première question du sage : « Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? »

Ou pourquoi personne ne peut apprendre l’IA à votre place

Appliquée à l’IA, cette question devient : personne ne va adopter l’IA à votre place.

Ni votre associé, ni votre assistant, ni le stagiaire « qui s’y connaît en informatique ».

Voici un fait à prendre en compte : l’IA transforme la nature même du travail intellectuel. Déléguer cette transformation, c’est accepter de devenir spectateur de sa propre profession.

Les trois apprentissages que vous seul devez faire :

  1. Identifier où l’IA excelle dans votre métier : sans une connaissance suffisante, vous allez évoluer dans un angle mort et ne serez pas en mesure de tirer les bonnes conclusions.
  2. Reconnaître les limites de l’IA pour éviter les erreurs coûteuses : l’étude Harvard-BCG partagée dans la première édition le prouve : quand on sort des capacités de l’IA, la performance chute de 19 points.
  3. Développer vos propres réflexes d’utilisation : la compétence et l’intuition ne se transmettent pas. Elles se développent par la pratique.

L’erreur classique ? Attendre que « quelqu’un d’autre » teste, forme l’équipe, puis vous explique. Pendant ce temps, vos concurrents accumulent des mois d’avance.


Deuxième question du sage : « Si je ne suis que pour moi, que suis-je ? »

Ou pourquoi l’approche solitaire de l’IA sabote les performances collectives

L’adoption individuelle de l’IA est nécessaire, mais dangereusement insuffisante. Utiliser ChatGPT en cachette dans son coin ? C’est privilégier un gain personnel temporaire aux performances durables de l’organisation.

Les 3 niveaux d’impact de l’IA

Premier niveau : votre équipe

Les vrais gains se trouvent dans la définition et la diffusion de bonnes pratiques partagées, la création de processus hybrides humain-IA, et le partage des apprentissages ET des échecs.

Exemple concret : Un associé qui maîtrise l’IA peut révolutionner la rédaction de contrats. Mais s’il garde ses prompts secrets, le cabinet reste vulnérable. Que se passe-t-il s’il part ?

Deuxième niveau : vos clients

Vos clients expérimentent aussi ChatGPT. Ils se demandent s’ils doivent faire appel à vous ou à l’IA pour certains besoins. La question clé : « En quoi mes choix IA servent-ils vraiment mes clients ? »

Troisième niveau : votre profession

Chaque professionnel qui maîtrise l’IA contribue à dessiner l’avenir de son secteur. L’approche « égoïste » versus « systémique » : se limiter au premier cercle, c’est passer à côté du potentiel transformateur de l’IA.


Troisième question du sage : « Et si ce n’est pas maintenant, quand ? »

Ou le calcul implacable du temps perdu

Contrairement aux révolutions technologiques précédentes, l’IA n’exige pas d’investissements colossaux pour les utilisateurs. Pour 20 €/mois, vous accédez à ChatGPT Plus. Pour 200 €/mois, aux outils les plus avancés.

Le vrai coût ? Le temps d’apprentissage. Et ce temps, vous ne le rattraperez jamais.

La courbe d’adoption : nous sommes encore dans la phase des « early adopters ». Cette fenêtre se referme. Bientôt, maîtriser l’IA sera un pré-requis, pas un avantage.

Pour notre avocat avec 40 ans d’expérience : dans quelques années, les clients vont comparer son efficacité à celle de confrères qui auront de l’expérience en droit et des compétences en IA. Une expertise de 40 ans restera un atout, mais ne compensera plus un écart de productivité de 40 %.

Le moment optimal selon la sagesse antique : pas parce que c’est urgent, mais parce que c’est optimal. Vous pouvez encore apprendre sereinement, expérimenter sans pression client, influencer les standards de votre profession, former votre équipe progressivement. Dans 18 mois, cette sérénité aura disparu.

La vraie question inspirée par Hillel : Ce n’est plus « Faut-il vraiment que je me mette à l’IA ? » mais « Comment vais-je intégrer l’IA pour renforcer qui je suis déjà et qui je veux devenir ? »


Étude MIT/Wharton/Harvard : quand les juniors forment les seniors à l’IA, le cabinet risque l’échec d’apprentissage

Des chercheurs du MIT, de Wharton et de Harvard ont publié un article intitulé Novice risk work: How juniors coaching seniors on emerging technologies such as generative AI can lead to learning failures.

Cette étude qualitative a été réalisée auprès de 78 consultants juniors du Boston Consulting Group (BCG).

Le paradoxe du coaching inversé

Les juniors avaient identifié quatre craintes majeures chez leurs managers :

  1. Risque d’inexactitude : l’IA peut produire des informations fausses ou « hallucinées »
  2. Risque d’opacité : l’IA est une « boîte noire »
  3. Risque de décontextualisation : la solution produite peut être générique
  4. Risque de complaisance : les utilisateurs peuvent faire une confiance aveugle à l’outil

Le « Novice Risk Work » : la source de l’échec

Novice Risk Work

L’enseignement clé : les juniors, en tant que novices de l’IA, proposent des solutions contre-productives pour gérer ces risques. Leurs solutions sont bien intentionnées mais dangereuses, car elles ignorent la nature profonde de la technologie.

Pourquoi cette étude est importante

  1. Le coaching par les juniors est un piège : se fier aux plus jeunes pour former une organisation à l’IA peut mener à des « échecs d’apprentissage ».
  2. Les solutions doivent être systémiques : les correctifs individuels sont insuffisants. La vraie gestion des risques passe par des solutions à l’échelle de l’organisation.
  3. La compétence clé est de connaître les limites de l’IA : plus que de savoir utiliser l’IA, il est crucial d’apprendre à identifier les situations où elle échoue.
  4. La gouvernance de l’IA est une responsabilité de la direction : définir un cadre pour gérer les risques ne peut être délégué.

L’outil à tester : Perplexity

Logo Perplexity

Utiliser l’IA, c’est très semblable à la cuisine. Vous pouvez avoir une magnifique casserole Le Creuset ou un Thermomix dernière génération, si vous n’avez pas des ingrédients frais et de qualité, vous n’obtiendrez rien de bon.

Le problème avec les outils comme ChatGPT, c’est qu’il est difficile de faire la distinction entre les informations justes et celles qui n’ont qu’une apparence de crédibilité. Moins on connaît un domaine, plus grand est le risque d’utiliser des informations « avariées ».

C’est pour éviter ce risque que je recommande à tout le monde d’utiliser Perplexity.

De plus en plus populaire, Perplexity combine la puissance d’une IA conversationnelle comme ChatGPT avec la fiabilité d’un moteur de recherche traditionnel comme Google. Cet outil hybride se distingue par sa capacité à fournir des réponses rapides, précises et systématiquement sourcées.

Les atouts clés de Perplexity :

  • Recherche intelligente et exploration approfondie avec questions connexes automatiques
  • Réponses quasi-instantanées avec citations systématiques de sources vérifiables
  • Accès à l’information en temps réel

Version gratuite vs. Pro :

  • Version gratuite : accès complet aux fonctionnalités de base, interface web et mobile
  • Version Pro : fonctionnalités avancées avec choix entre plusieurs modèles d’IA (GPT-4o, Claude, Mistral…) et accès étendu aux fonctionnalités de Deep Research

P.S. : Cette newsletter peut contenir des liens affiliés vers des outils que je teste et approuve personnellement. Vos achats via ces liens me permettent de soutenir ce travail éditorial (plus d’une journée par newsletter) sans surcoût pour vous.

Tarik Hennen

À propos de l'auteur

Tarik Hennen

Ancien avocat devenu entrepreneur, consultant en stratégie et marketing numérique. Fondateur du Cercle IA, il accompagne les professionnels du droit, du conseil et de la santé dans leur montée en compétence IA.

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